Portrait d'Edmond Belamy, 2018, crée par GAN. Image © Obvious
Portrait d'Edmond de Belamy, 2018, crée par GAN. Image tirée du site christies.com, © Obvious

L’émergence de l’intelligence artificielle dans le monde de l’art

Le GANism, un terme qui sonne comme un nouveau mode alimentaire à vos oreilles? En réalité, c’est un nouveau courant artistique où l’humain utilise l’intelligence artificielle (IA) pour augmenter son potentielle créatif et élaborer de nouvelles œuvres. IA devient un nouveau médium d’expression, au même titre que l’appareil photo.

Intéressons-nous de plus près à cet acronyme: GAN. «Generative Adversarial Networks» que l’on pourrait traduire par «réseaux génératifs antagonistes», un poil scientifique pour vous? Plus simplement, comme peut le mentionner Pierre Fautrel du collectif français Obvious, dans sa vidéo À la découverte d’une IA artiste: «Les GANs sont une nouvelle classe d’algorithmes qui permettent de générer des images à partir d’un très grand nombre d’exemples».

Mais comment cela fonctionne-t-il? C’est un algorithme qui fonctionne en deux parties, d’un côté le générateur et de l’autre le discriminateur. «Prenez un étudiant en art. Son professeur lui demande de peindre un Picasso. L’étudiant ne sait pas à quoi ressemble un Picasso. Alors il va commencer à peindre, pour voir vers quelle direction aller. Chaque tableau qu’il peint est jugé par le professeur. Avec le temps, l’élève s’améliore de plus en plus dans la peinture de Picasso. À la fin de l’exercice, le professeur n’arrive plus à faire la différence entre un vrai Picasso et un Picasso produit par l’élève. À ce stade-là, l’étudiant est capable de créer de nouveaux exemples de peintures de Picasso aux yeux du professeur.» peut-on lire dans le manifeste d’Obvious. Dans cet exemple, le générateur est l’élève et le discriminateur est le professeur.

Pierre Fautrel, Hugo Caselles-Dupré et Gauthier Vernier sont les trois membres qui composent le collectif Obvious. Ils ont réussi la prouesse de faire rentrer l’IA chez Christie’s, célèbre maison de ventes aux enchères. Estimée entre 7’000 et 10’000 dollars, la toile intitulée «Portrait d’Edmond de Belamy» s’est envolée pour la coquette somme de 432’500 dollars.

Mais qui est Edmond de Belamy? C’est un personnage classique des portraits du XVIIIe ou XIXe siècle, peint de 3/4, portant une veste noire et un col blanc. Le tracé est plutôt flou, comme inachevé. Mais un détail frappe, le tableau est signé d’une formule mathématique. Il s’agit de l’algorithme utilisé pour produire ce tableau, décrit plus haut dans l’article. Ce tableau fait partie d’une série de 11 portraits, la famille Belamy, en référence à l’inventeur des GANs, Ian Goodfellow qui signifie littéralement en anglais «Bel ami». Une base de 15’000 portraits classiques a nourri l’IA pour arriver à ce résultat.

L’émergence de l’IA dans le monde de l’art questionne. Droit d’auteur, créativité de la machine, on est clairement à un tournant historique dans le monde très traditionnel de l’art avec une œuvre aussi interloquante à mes yeux que Fontaine de Marcel Duchamps (l’urinoir) ou La Trahison des images de Magritte (Ceci n’est pas une pipe) en leur temps.

 

Orane Schick, webdesigner et graphiste à Créambule

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